« Ne me demandez pas où je vais,

Je ne me dirige pas, je me suis… » Gilles Lapouge

 11 Juin 2014

Nous sommes en Grèce ! J’en suis toute éberluée. Ce n’était certes pas prévu si vite . Mais les petits prix de la Ryan Air nous ont séduits et nous nous sommes retrouvés en Crète les derniers jours de mai, ce qui n’était pas du tout au programme

La Canée, Rethymnon, Héraklion, des villes où il n'y a pas grand chose d'autre à voir que des boutiques de souvenirs idiots, des restaurants et des tags, encore et toujours des tags sur toutes les façades. C'est à l'intérieur de l'ile qu'il faut aller se promener et nous allions par les petites routes de montagnes jusqu'au monastère d'Arcadie. Belle balade à travers collines arides et vallons plantés d’oliviers. Nous nous gavions d’odeurs – odeurs d’herbes sèches , de myrtes, de menthe poivrée, de térébinthe, de camomille sauvage. Des collines entières sont colonisées par les lauriers roses. Beau bâtiment massif du monastère, aux murs enduits du même ocre rouge que la terre du vignoble des moines. Une fois passé le porche, émotion devant cette belle façade de temple grec. Se superposait à l’image du jour celle de notre film datant de 1986 et projeté tant de fois depuis.  Les choses ont un peu changé. Tout est devenu moins abandonné, moins isolé, plus propre, plus touristique.

 Santorin

Emotion bien sûr en entrant dans la Caldera de Santorin. La première fois, c’était en 86, la deuxième en 99 et cette année certainement la dernière. Le paysage est toujours grandiose, les coulées de lave noires et rouges, les falaises de pierre ponce blanches et grises. La vigne pousse sur une terre qui garde des odeurs de cendre. A noter que nous étions étonnés de notre forme pour grimper du port jusqu’en haut de la falaise avec le vélo chargé. Mais quelle foire ! Le territoire est vraiment très très aménagé. La ville s’est répandue en cubes blancs des hôtels et pensions de luxe, de la corniche jusque dans la plaine fertile de l’Est car apparemment les locations de vacances rapportent plus que les tomates et la vigne. C’est aussi beaucoup mieux qu’il y a 15 ans puisqu’on peut faire ses courses chez Lidl ou Carrefour, au choix. Et je pense à Françoise qui a connu Santorin sans hôtel et y avait trouvé une femme qui voulut bien leur faire une omelette ! Ce sont des milliers de personnes qui débarquent chaque jour. La circulation automobile est devenue infernale sur ces quelques dizaines de kilomètres de route. On peut boire et manger en choisissant son ambiance musicale dans des restaurants à touche-touche, mais l’on peut aussi avaler une soupe de nouilles chez le Chinois du coin, assis sur un tabouret comme là-bas, mais au prix d’ici bien sûr. D’ailleurs partout les menus sont affichés en Chinois – et en Russe-, ce qui devrait nous permettre de réviser et prendre des notes pour le voyage de l'hiver prochain (le Chinois, pas le Russe). Nous verrons tout de même la tasse de Nescafé affichée à 3,70 € !

Nous trouvions à nous mettre un peu à l’écart au camping où l’on est accueilli bien évidement par de la musique et un bar au bord d’une piscine. L’ambiance musicale est non stop de 11 h du matin à l’aube. Silence total de 5h à 10 h – du matin. Mais, tout au fond du terrain ombragé, avec un petit air frais bienvenu, nous serons les seuls campeurs, et avec des boules Quies…

 

Sur la place de Oia, devant l’église, où nous arrivions à pied par le sentier de la corniche, un couple de jeunes mariés asiatiques se faisait prendre en photo. Grande robe à panier pour elle, costume de soie gris perle pour lui, les beaux parents sont là aussi. Ils ont dû acheter leur « Mariage à Santorin » dans une agence chinoise ou japonaise.  Foule dans les rues de Oia. Au moins quinze cars d’excursions sur le parking + tous les quads et autres véhicules loués par les touristes indépendants. Et nous ne sommes pas en pleine saison !

Un office avait lieu dans l’une des innombrables églises. Une poignée de personnes âgées y assistait, hommes d’un coté, femmes de l’autre. Le Pope était superbe en chasuble blanche et or, coiffé de noir, devant l’iconostase en dentelle de bois ancien. Une vieille, tas d’étoffe noire ratatiné dans un coin de la cour, demandait l’aumône. Le contraste était trop grand entre cette vieillesse misérable, oubliée, et ce monde de futilité et de luxe qui s’est emparé de l’île.

Promenade dans le village de Pyrgos, dans le centre de l’île. Des ruelles, des escaliers, des passages secrets, des murs un peu décrépis qui soulagent du clinquant tout neuf de Thira. Enfin un peu de calme. Nous dessinions au coin d’une rue en écoutant, émus, la belle musique de Théodorakis qui sortait d’une maison. J’avais envie d’aller remercier l’habitant qui nous offrait cet instant de beauté.

 Ios

Et nous voici sur Ios, une autre Cyclade, où nous venons d'arriver. Nous y sommes royalement logés pour le même prix qu'un camping. La concurrence pour remplir les chambres est acharnée. Nous avons trouvé ici la tranquilité et un soupçon d’authenticité, mais toujours pas de vrai kafénéion avec un du vrai café grec. Cependant, sur notre terrasse le soir, en short et dans nos chaises longues, avec vue sur Santorin au loin, l'Ouzo est bon, la féta goûteuse et les olives de Kalamata.

Nous étions venus dans les Cyclades dans l'idée de dessiner des cubes blancs, eh bien nous nous régalons et inovons en dessinant sur des petits livrets de papier jauni. Les anciens "Classique" de chez Hachette sont parfaits pour cela.

Nous quittons Ios demain pour Milos. Nous avons bien l'intention de jouer à saute-îles jusqu'à fin juin.

Nos photos sont rassemblées ci-dessous. N'oubliez pas de passer la souris dessus pour voir la légende s'afficher et de cliquer  pour les agrandir.

LES ILES GRECQUES

 

Dire que certains d’entre vous disent nous admirer ! Si vous saviez comme on se la coule douce depuis un mois ! Nous passons d’île en île, par les ferries les plus lents et donc les moins chers, détestant ces « speed boats » dans lesquels on est enfermés comme des valises à fond de cale. … Plaisir de voir passer ces rochers nus et ocre sur une eau bleu de Prusse, morceaux de désert jetés à la mer. A peine avons-nous fini de longer une île que déjà le regard cherche la silhouette de la prochaine. Les îles attisent notre curiosité, mondes clos et secrets à découvrir, alors même que l’on soupçonne qu’il n’y a rien d’autre que sur la précédente. Pour pouvoir répondre au « dites, qu’avez-vous vu ? » nous ne cessons de nous poser la question « qu’allons-nous voir ? »

 

Sitôt arrivés dans une île nous posons tout le paquetage et partons en balade avec des vélos vides. Et depuis que nous avons quitté le bordel de Santorin, nous faisons une vraie cure de silence.

Donc à Ios nous passions deux jours dans notre chambre 3 étoiles puis prenions le bateau pour Milo. Le camping de Milo est situé à 7 km du port, 7 km pour faire les courses. Pas très pratique mais, ça ne faisait  rien, nous avions les vélos. Et, ce fut un petit paradis dans ce qui doit être un enfer – pour nous tout au moins- en août quand les quelques 300 emplacements sont occupés. Nous n’étions que 5 campeurs en tout et pour tout, 5 à se partager la cuisine, les sanitaires et  une piscine de 25 m de long avec vue sur la mer. Nous avons trouvé un endroit très à l’écart des deux autres tentes, avec vue sur le soleil couchant, parmi les lauriers en fleurs. C’était comme si on nous avait prêté un jardin. Nous y restions 5 jours, sans oublier d’aller explorer l’île tous les matins et trop contents de rentrer dans notre havre de paix pour les heures chaudes. Nous achetions notre pain au port, toujours dans la même boulangerie. La boulangère, brunette souriante, offre à tous ses clients une viennoiserie ou brioche tout juste sorties du four. Chaque jour nous goûtions une spécialité de la maison.

 

Puis nous avons repris un ferry pour Sifnos où Joëlle est venue nous retrouver. Là aussi nous étions au camping tenu par un couple franco grec sympathique et dont la règle est : « silence !», ce qui nous allait très bien. Bien sûr nous avions le souvenir du port de Sifnos avec seulement quelques bâtiments alors qu’il y a désormais un vrai village de chambres à louer, hôtels et restaurants. Mais l’île est restée très belle, avec ses innombrables chapelles toutes plus mignonnes les unes que les autres, ses oliveraies en terrasses, même si la vie locale s’en est allée des villages qui ne vivent plus que du tourisme.

 

Puis ce fut Serifos, caillou râpé avec juste un vrai village qui fait de loin un trait d’écume sur une crête ocre. Il n’y a plus grand monde qui semble vivre à l’année mais le village a l’air pourtant plus authentique que ceux de Sifnos, avec quelques façades moins pimpantes que les autres. Nous y avons pris une chambre pour tous les trois chez une petite dame, juste en face du port, avec terrasse pour le petit déjeuner et apéritif. Pour combien de semaines ou de mois avons-nous adopté la tenue d’été ? Bonheur de sauter dans le short le matin au lever, de marcher nus pieds sur le carrelage frais. Sieste dans la chambre sur des draps frais, rideau volant dans le courant d’air, tandis que la chaleur écrase le paysage extérieur d’un blanc métallique.

 

Une nuit sur Syros pour attraper un autre bateau qui nous emmèna tout à fait à l’Est de la Mer Egée. Syros, c’est l’île capitale des Cyclades. Son bourg principal est une vraie petite ville mais construite comme un village, avec ses ruelles tout en escaliers qui dégringolent droit sur le port, ses grosses maisons d’armateurs au ton vanille dominant. Il y faisait une chaleur suffocante. Notre bateau, le European Express, est arrivé à 22 h 30, prenant juste le temps de débarquer  un bon nombre de passagers venant du Pirée et d’en embarquer une petite dizaine avec nous pour Samos. Nous trouvions notre coin de hall pour poser nos matelas et sur une mer extrêmement douce, passions une nuit excellente. Nous nous levions toutefois aux deux escales à 2 h et 4 h du matin pour voir les îles d’Ikaria et Fourni éclairées d’une poignée de lampadaires. Le vent, même nocturne, était chaud.

 

C’en est fini des cubes blancs. Sur Samos, et dans toutes les îles du Dodécanèse, les maisons ont des toits. C’en est fini des Cyclades désertiques et rudes et la vie semble être plus facile, plus douce dans cette verdure.

 

Parlé avec deux jeunes cyclos polonais. Ils jouent de la musique aux terrasses des cafés et restaurants pour se faire des sous. L’hiver ils vont en Asie du Sud Est. Nous les retrouverons en train de jouer un soir sur une terrasse avec deux convives seulement. La coupe du monde de foot leur fait une concurrence impitoyable.

Nous avons tourné un peu pour retrouver la pension de Maria Trova où nous avions passé deux nuits l’an dernier avant de prendre le bateau pour la Turquie.

 

Bien tentante la possibilité de rejoindre Lesbos et, de là, Bergame en Turquie. Nous aurions pu ensuite remonter vers le nord par Troie et les Dardanelles. Jugeant finalement la saison estivale trop avancée,  méfiants aussi quant à l’ambiance des stations balnéaires de la côte turque, nous avons finalement décidé de prendre le bateau pour Kavala mardi soir, et de là, de rejoindre la Bulgarie. Mais voilà, le bateau n’est pas venu. Peut-être demain … Patience, nous sommes bien chez Maria. Cela fait partie des aléas d’un voyage.

 

Mercredi 2 juillet enfin le Theofilos fut annoncé pour 17 h 30 via Chios, Lesbos, Kavala. Spontanément Maria nous proposa de garder la chambre jusqu’à 16 h. A notre retour de promenade à l’heure de déjeuner nous trouvions sur notre table deux parts de gâteau aux noix confectionné par ses soins.

 

 Sur le pont du Théofilos

Le bateau est arrivé avec 1 h 30 de retard, ce qui semble la norme avec cette compagnie dont les bateaux paraissent très fatigués. Les salons sont bizarrement décorés de fresques racontant l’histoire de Nils Olgerson. Il y a aussi une carte de la Suède au mur et quelques images d’îles grecques ajoutées pour donner une seconde vie au rafio.

Le soleil vient de se coucher en pleine mer. Nous longeons maintenant la côte turque vers le Nord Ouest tandis que tout se noie dans la brume pour la nuit et nous goûtons notre liberté, notre grand luxe. Tous les deux, en voyage, sans contrainte ni date de retour. Dans 24 h nous atteindrons le continent et pensons avec plaisir à la découverte prochaine de la Bulgarie et de ses monastères orthodoxes. Le voyage va prendre un nouveau virage. 

 

Au  matin, alors que nous venions de quitter nos matelas et notre coin de couloir, un courant d’air et de nombreux cargos croisant notre route et allant vers l’Est nous indiquèrent le passage des Dardanelles. Vers midi, escale sur l’île de Limnos. Les Argonautes y avaient trouvé une tribu de femmes qui s’étaient débarrassé de leurs maris mais accueillirent ces marins de passage avec grande aménité. Au large le Mont Athos (2000 m) émerge, comme un mirage.

 

PS. Aujourd'hui 5 juillet, finie la farniente. Nous avons repris la route. Demain  la Bulgarie et le massif des Rhodopes.

 

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